Atelier des coûts

🥖 Guide · Boulangerie

Comment calculer le coût de revient d'une recette

Coût matière à la pièce, main-d'œuvre, énergie du four, invendus : la méthode complète pour savoir ce que coûte vraiment ce qui sort de votre fournil.

Par Gaetano Gallo Mis à jour le 24 juillet 2026 9 min de lecture

En bref

Le coût de revient d'une recette de boulangerie se calcule toujours à la pièce, en quatre temps : additionnez le prix d'achat de chaque ingrédient de la fournée, divisez par le nombre de pièces réellement vendables, puis ajoutez la main-d'œuvre (pétrissage, façonnage, cuisson, valorisés au taux horaire chargé), l'énergie du four et l'emballage. Terminez par la part des invendus, en répartissant le coût total sur les pièces effectivement vendues.

Exemple : 1 kg de farine à 0,80 €, 20 g de sel et 30 g de levure donnent 0,90 € de matière pour une fournée de trois pains, soit 0,30 € de matière par pain. Le coût matière représente couramment 20 à 30 % du prix de vente HT en boulangerie-pâtisserie : à 25 %, ce pain se vend 1,20 € HT, soit 1,27 € TTC en TVA à 5,5 % pour une vente à emporter.

Coût matière et coût de revient : au fournil, l'écart est énorme

Coût matière de la fournéesomme, pour chaque ingrédient, de la quantité × son prix d'achat au kilo ou au litre

Coût matière par piècecoût matière de la fournée ÷ nombre de pièces vendables

Coût de revient par piècecoût matière + main-d'œuvre + énergie + emballage, réparti sur les pièces vendues

Prix de vente HT conseillécoût matière par pièce ÷ (coût matière cible ÷ 100)

En restauration, la matière pèse le quart ou le tiers du prix. En boulangerie, c'est l'inverse qui frappe : une baguette tradition tourne autour de 0,30 à 0,40 € de matière, pour un prix de vente qui dépasse largement le triple. L'essentiel de son prix ne paie pas la farine — il paie le pétrissage, le façonnage, l'apprêt, l'énergie du four et les heures de nuit.

Conséquence directe : le coût matière seul ne suffit jamais à fixer un prix au fournil, et une hausse de 20 % sur la farine ne justifie pas 20 % de hausse en vitrine. Elle justifie une hausse de 20 % sur la part farine du prix, ce qui est très différent.

La méthode, étape par étape

  1. Pesez la recette, pas le souvenirNotez les quantités réelles de la fournée : farine, eau, sel, levure ou levain, beurre, sucre, œufs, chocolat. Une recette approximative donne un coût approximatif, et c'est toujours dans le mauvais sens.
  2. Convertissez les prix au kiloUn ingrédient dosé en grammes se calcule sur un prix au kilo : 30 g de levure à 3 €/kg valent 0,030 × 3 = 0,09 €. C'est l'erreur de conversion la plus fréquente, et elle porte souvent sur les ingrédients chers — beurre, chocolat, fruits secs.
  3. Divisez par les pièces VENDABLESPas par le nombre théorique. Une fournée de 30 baguettes dont 2 sont trop cuites produit 28 pièces à vendre : c'est par 28 qu'il faut diviser. Cette seule correction change le coût de 7 %.
  4. Ajoutez la main-d'œuvreChronométrez le temps réellement passé sur la fournée — pétrissage, division, façonnage, enfournement, défournement — et multipliez par votre taux horaire chargé, charges patronales comprises. C'est presque toujours le poste le plus lourd.
  5. Ajoutez l'énergie et l'emballageLe four consomme qu'il soit plein ou à moitié vide. Prenez la puissance de votre four, votre prix du kWh et le temps de cuisson : vous obtenez un coût par fournée à répartir sur les pièces. Ajoutez le sachet, la boîte, le carton pâtissier.
  6. Répartissez les invendusSi 5 % de la fournée finit à la poubelle en fin de journée, le coût total ne se divise plus par 60 pièces mais par 57. Les invendus ne sont pas une fatalité comptable : ils sont un poste de coût, et ils se pilotent.
  7. Fixez le prix de venteDivisez le coût matière par pièce par votre coût matière cible (20 à 30 % selon le produit) pour obtenir un prix HT de départ, puis vérifiez qu'il couvre bien le coût de revient complet calculé aux étapes 4 à 6. Ajoutez la TVA : 5,5 % à emporter, 10 % en consommation sur place.

Les trois premières étapes se font en trente secondes dans le calculateur de coût matière gratuit : la recette, le nombre de pièces, et il donne le coût par pièce et le prix conseillé HT et TTC.

Un exemple chiffré complet : une fournée de pains de campagne

Commençons petit — un kilo de farine, trois pains — puis passons à la fournée réelle pour y ajouter le travail et le four.

  1. Farine T65 : 1 kg à 0,80 €/kg1 × 0,80 = 0,80 €
  2. Sel : 20 g à 0,50 €/kg0,020 × 0,50 = 0,01 €
  3. Levure : 30 g à 3 €/kg0,030 × 3 = 0,09 €
  4. Coût matière de la fournée0,80 + 0,01 + 0,09 = 0,90 €
  5. Pièces vendables3 pains → 0,90 ÷ 3 = 0,30 € de matière par pain
  6. Prix conseillé à 25 % de coût matière0,30 ÷ 0,25 = 1,20 € HT, soit 1,20 × 1,055 = 1,27 € TTC

Jusqu'ici, c'est le coût matière. Passons au coût de revient complet, sur une fournée de 60 pains — les chiffres ci-dessous sont une illustration, à remplacer par les vôtres.

  1. Main-d'œuvre : 1 h 30 à 25 €/h chargés37,50 € ÷ 60 pains = 0,63 € par pain
  2. Four : 10 kW à 0,40 €/kWh, 25 min de cuisson4 €/h × 0,42 h = 1,67 € ÷ 60 = 0,03 € par pain
  3. Coût de revient avant invendus0,30 + 0,63 + 0,03 = 0,96 € par pain
  4. 5 % d'invendus0,96 × 60 = 57,60 € répartis sur 57 pains vendus = 1,01 € par pain
  5. Marge au prix conseillé de 1,20 € HT1,20 − 1,01 = 0,19 €, soit 16 % du prix de vente

0,30 € de matière, 1,01 € de coût de revient réel, 1,20 € HT de prix conseillé : la matière ne représente que 30 % de ce que coûte le pain.

Ce petit tableau explique beaucoup de choses. Il montre pourquoi une pâtisserie très travaillée peut être moins rentable qu'un pain simple malgré un prix affiché trois fois supérieur : ce qui change, c'est le temps de main-d'œuvre, pas le prix des ingrédients. Et il montre pourquoi les invendus coûtent si cher : 5 % de pertes ont ajouté 5 centimes au coût de chaque pain vendu, soit un quart de la marge.

Le cas des préparations intermédiaires

En pâtisserie, la moitié du travail se cache dans les préparations : crème pâtissière, levain, détrempe, ganache, praliné. Chacune a son propre coût matière, calculé exactement comme une recette — ingrédients, quantité produite, coût au kilo ou au litre — puis réutilisé dans chaque recette qui l'emploie.

La bonne pratique est de les chiffrer une fois pour toutes au kilo, puis de les traiter comme un ingrédient ordinaire : 80 g de crème pâtissière à 4,20 €/kg dans un éclair valent 0,34 €. L'intérêt est mécanique : le jour où le prix du beurre bouge, il se répercute en cascade dans la crème, puis dans tous les éclairs, millefeuilles et religieuses qui l'utilisent — sans que vous ayez à refaire quoi que ce soit à la main.

C'est exactement ce que gère l'app Boulangerie : les préparations intermédiaires sont des recettes comme les autres, et leur coût redescend automatiquement dans les produits finis.

Tableau de repères du fournil

Coût matière cible et prix de vente correspondant (pour 0,30 € de matière par pièce)
Coût matière cibleCoefficientPrix HTPrix TTC (5,5 %)
20 %× 5,01,50 €1,58 €
25 %× 4,01,20 €1,27 €
30 %× 3,31,00 €1,06 €
Les repères à garder en tête
RepèreOrdre de grandeur
Coût matière en boulangerie-pâtisserie20 à 30 % du prix de vente HT
Coût matière d'une baguette tradition0,30 à 0,40 €
TVA vente à emporter (pain, viennoiserie, pâtisserie)5,5 %
TVA consommation sur place10 %

La fourchette du coût matière est plus basse qu'en restauration parce que la main-d'œuvre et l'énergie pèsent davantage au fournil. Ces repères sont des ordres de grandeur du métier, pas des obligations : sur la TVA et votre situation particulière, votre comptable tranche.

Les erreurs classiques

  • Oublier de convertir grammes et kilos30 g de levure à 3 €/kg valent 0,09 €, pas 3 € ni 90 €. Sur les ingrédients chers utilisés en petite quantité — vanille, safran, chocolat de couverture — l'erreur d'un facteur mille passe totalement inaperçue dans une recette.
  • Diviser par le nombre théorique de piècesLa fournée annoncée à 30 pièces en donne 28 vendables. Diviser par 30 sous-évalue le coût de 7 % sur chaque produit, tous les jours, toute l'année.
  • S'arrêter au coût matièreLe coût matière ne représente souvent qu'un tiers du coût réel d'un pain. Fixer un prix uniquement sur lui, c'est ignorer précisément ce qui coûte cher au fournil : le temps et le four.
  • Répercuter une hausse de farine à l'identiqueSi la farine augmente de 20 % et qu'elle pèse 25 % de votre coût de revient, votre coût augmente de 5 %, pas de 20 %. Répercuter 20 % en vitrine ferait fuir la clientèle pour un gain que le calcul ne justifie pas.
  • Traiter les invendus comme une fatalitéLes invendus sont un poste de coût qui se mesure et se pilote. Tant qu'ils ne sont pas répartis sur les pièces vendues, votre coût de revient est faux — et il l'est d'autant plus que la journée s'est mal passée.
  • Oublier les préparations intermédiairesUne crème pâtissière comptée comme gratuite, c'est une pâtisserie dont la marge est fausse. Chaque préparation a un coût, et ce coût doit redescendre dans tous les produits qui l'utilisent.

Questions fréquentes

Faut-il compter l'eau et l'électricité dans le coût matière d'une recette ?

Non : le coût matière ne comprend que les ingrédients — farine, sel, levure ou levain, beurre, sucre, œufs, chocolat. L'eau et l'énergie du four relèvent du coût de revient complet, calculé dans un second temps. Cette séparation n'est pas cosmétique : elle permet de comparer le coût matière de deux produits sur la même base, et de garder un ratio de coût matière lisible d'un mois sur l'autre.

Comment répercuter une hausse du prix de la farine ou du beurre ?

Calculez d'abord le poids réel de l'ingrédient dans votre coût de revient. Si la farine représente 25 % du coût d'un pain et qu'elle augmente de 20 %, votre coût augmente de 5 % : c'est cette hausse-là qui doit se retrouver dans le prix, pas les 20 % annoncés par le meunier. Mettez ensuite à jour le prix d'achat dans toutes vos recettes concernées, y compris dans les préparations intermédiaires qui l'emploient.

Comment chiffrer une préparation intermédiaire comme la crème pâtissière ?

Traitez-la exactement comme une recette : additionnez ses ingrédients, divisez par la quantité produite, et vous obtenez un coût au kilo ou au litre. Cette préparation devient ensuite un ingrédient ordinaire dans vos produits finis : 80 g de crème pâtissière à 4,20 €/kg valent 0,34 € dans un éclair. Le jour où le beurre augmente, la mise à jour se propage à toute la vitrine si vos recettes sont liées entre elles.

Quel pourcentage de coût matière viser en boulangerie ?

Le coût matière se situe couramment entre 20 et 30 % du prix de vente HT en boulangerie-pâtisserie. À 25 %, un produit qui coûte 0,30 € de matière se vend 1,20 € HT. Cette fourchette est plus basse qu'en restauration parce que la main-d'œuvre et l'énergie du fournil pèsent davantage. Utilisez-la comme point de départ, puis vérifiez la marge réelle une fois tous les coûts comptés : c'est elle qui dit si la vitrine est rentable.

Comment tenir compte des invendus dans le prix de vente ?

Répartissez le coût total de la fournée sur les pièces réellement vendues, pas sur les pièces produites. Avec 5 % d'invendus sur une fournée de 60 pains, les 57,60 € de coût se divisent par 57 et non par 60, ce qui fait passer le coût unitaire de 0,96 € à 1,01 €. Cinq centimes par pain paraissent dérisoires — ils représentent pourtant un quart de la marge dans cet exemple.

🥖 Passer du guide à vos chiffres

Faites le calcul sur vos propres données

Le calculateur chiffre une recette. L'app Boulangerie tient toute votre vitrine : préparations intermédiaires en cascade, prix du meunier mis à jour par scan des factures, marge par produit et par fournée.

🧮 Calculateur de coût matière gratuit Télécharger l'app Boulangerie Voir la page Boulangerie en détail →

Les autres guides de l'Atelier

← Toutes les apps Atelier des coûts